jeudi 6 décembre 2018

Le mystère du Gué Gorand




Le mystère du Gué Gorand de Didier et Karine Giroud-Piffoz chez Ella Éditions


Maïna et Loevan sont en promenade avec leur mère en forêt. Il est déjà temps de rentrer mais Loevan ne l’entend pas de cette oreille. Il aime cette forêt et ce lac du Gué Gorand. Il est surtout intrigué par ces arbres à l’allure étrangement humaine. Leur mère leur raconte alors la légende du Gué Gorand.

Il y a bien longtemps de cela, deux hameaux cohabitaient dans la forêt. Situés de chaque côté de la rivière. Les habitants des deux villages se détestaient et nombreuses étaient les querelles et les rixes. Un vieux sorcier du hameau de la Pierre Noire, excédé par les intrusions de ceux des Branchus du Diable, décida de jeter un sort sur la rivière pour en interdire le franchissement, isolant les deux hameaux.

Quelques générations plus tard, les tensions entre les deux villages s’étaient un peu apaisées, même si, de chaque côté, on évitait tout contact. Pourtant deux femmes, de chaque côté de la rivière se donnaient rendez-vous pour la lessive. L’une était la mère d’un garçon, l’autre celle d’une fille. Pendant quelques années, les deux enfants jouèrent ensemble de chaque côté du cours d’eau, d’abord innocemment, puis l’âge avançant, leurs sentiments évoluèrent pour laisser place à l’amour. Un amour rendu impossible par la rivalité des deux hameaux et par le sort les empêchant de franchir la rivière.

« Maudit ruisseau, maudite rivière, maudit sortilège ! On ne peut vivre ainsi, séparés physiquement l’un de l’autre, quand on est amoureux. Loëla et Goran n’en pouvaient plus de cette horrible geôle immatérielle, de cette insupportable et inacceptable prison surnaturelle. Ils maudissaient la rivalité, la colère, la stupidité et la folie de leurs parents, de leurs grands-parents, de leurs ancêtres, qui avaient conduit les deux communautés à cette tragédie, à cette calamité. Ils en souffraient au plus profond de leur corps, au plus profond de leur âme, au plus profond de leur amour. »

Le petit peuple de la forêt (elfes, fées, farfadets), ému par cette situation se réunit pour étudier une solution pour soulager la détresse des deux jeunes.

Voici une belle légende vendéenne joliment contée par Didier et Karine Giroud Piffoz. Un conte très classique, avec ses bons, ses méchants, ses conflits, ses êtres surnaturels et la nature omniprésente.

Qu’il est bon en cette période troublée de se plonger dans un conte, de retrouver une part d’enfance. Cette belle légende illustrée par Delphine Marchal est un vrai bain de jouvence, une petite cure d’innocence qui fait un bien fou.

En cette période de Noël, ce petit livre trouvera sa place au pied de votre sapin où il ravira grands et petits. Mieux encore, pourquoi ne pas réunir la famille au coin du feu ou au pied du sapin, pour le lire à haute voix, retrouver le parfum et l’atmosphère des veillées d’antan. Oublier un instant les écrans, passer un bon moment ensemble, à l’écoute d’une belle histoire. Je vous assure que cela fonctionne et que tout le monde y trouvera son compte.

mercredi 5 décembre 2018

Souvenirs de lecture 46 : Eva Kopp






Souvenirs de lecture 46 : Eva Kopp


Nous avons tous eu des lectures qui nous ont profondément touchés, qui sont comme des madeleines de Proust : on se souvient où on était quand on les lisait, du temps qu’il faisait. Il m’a semblé intéressant de savoir quelles lectures avaient marqué les auteurs que nous lisons et en quoi elles avaient influencé leur désir d’écrire. Aujourd’hui, c’est Eva Kopp qui me fait l’honneur de répondre à mes questions. Je la remercie pour son temps précieux, sa gentillesse et sa disponibilité.


LLH : Quel livre lu dans votre enfance et adolescence vous a le plus touchée et pourquoi ?

EK : Concernant mon enfance, un auteur a participé aux fondements de mon imaginaire : Roald Dahl. Je tremblais en imaginant que de Sacrées sorcières pouvaient me côtoyer au quotidien. Et si la maîtresse, la boulangère, la voisine en étaient ? Heureusement, en pareille situation, il aurait suffi de m’inspirer de La Potion magique de Georges Bouillon pour m’en sortir. Le Bon Gros Géant serait probablement venu à mon secours. Après avoir vécu mille aventures, nous serions allés manger du chocolat (jusqu’à en avoir une crise de foie) dans la chocolaterie de Charlie et la Chocolaterie…

Un livre a profondément changé ma manière d’aborder la vie. Il y a eu un Avant et un Après sa lecture. J’avais 14 ans et j’accompagnais mes parents à l’hypermarché lorsque mon regard a été véritablement aimanté par une couverture du rayon livres. Un oiseau blanc, une mouette peut-être, dans un ciel bleu roi et une jeune fille de biais. Le titre ? Tout est langage de Françoise Dolto. Tout est langage… Cette phrase a enclenché un rouage invisible en moi. La confirmation d’une conviction latente.

Lu en quelques heures, il est devenu mon livre de chevet durant quelques années. Avec le recul, je pense que je n’avais pas les outils pour appréhender correctement l’ouvrage. Je n’avais que 14 ans… Mais il a eu le bénéfice de m’ouvrir de nouvelles portes pour appréhender et comprendre l’Autre.


LLH : En quoi ces livres ont-ils eu une influence sur votre désir d’écrire ?

EK : Plus qu’une influence sur mon désir d’écrire, je pense plutôt à une influence sur mon écriture. Lorsque j’écris un roman pour des lecteurs adultes, je travaille sur l’inconscient des personnages, sur leurs failles et leurs incohérences. Je connais leur enfance même si elle n’apparaît pas forcément dans le roman. Dans L’enfant du tsunami, les rêves des personnages participent à l’intrigue. Les héros font même une thérapie.

En ce moment, j’écris un roman jeunesse. Pour nourrir ma créativité, je relis tous les livres de Roald Dahl. Et c’est formidable ! J’ai l’impression de retrouver de vieux amis, de revoir, avec émotion, ces membres imaginaires de ma famille qui ont peuplé mon enfance.


LLH : Quelles sont vos dernières lectures coups de cœur ?

EK : Il y a eu de très belles lectures comme L’arrondi silencieux de Corentine Rebaudet mais le dernier coup de cœur a un an : Les étoiles s’éteignent à l’aube de Richard Wagamese. Voici la quatrième de couverture :

« Lorsque Franklin Starlight, âgé de seize ans, est appelé au chevet de son père Eldon, il découvre un homme détruit par des années d’alcoolisme. Eldon sent sa fin proche et demande à son fils de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier. S’ensuit un rude voyage à travers l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie Britannique, mais aussi un saisissant périple à la rencontre du passé et des origines indiennes des deux hommes. »

Ce roman m’a bouleversée. Il est d’une puissance incroyable où le plus important n’est pas ce qui est écrit.


Biographie

Née en 1981 en Alsace, Eva Kopp est une hypercréative. Elle se souvient ne pas avoir dormi de la nuit, lorsque, à treize ans, lors d’un cours d’histoire, elle comprit que des guerres avaient été déclenchées sur une phrase offensante. Si les mots pouvaient provoquer des conflits alors ils pouvaient aussi créer du lien et l’apaisement.

Tour à tour scénariste, metteur en scène, rédactrice dans la presse quotidienne régionale, auteure-illustratrice de livres pour enfants, inforgraphiste et animatrice radio, sa passion demeure l’écriture, pont d’un imaginaire à l’autre. L’enfant du tsunami est son premier roman.

Tout a commencé avec le rêve d’une immense vague la veille du 11 mars 2011. Un rouage invisible s’enclenche en elle lorsqu’Eva voit à la télévision, le tsunami s’abattre sur la côte Pacifique du Tohoku au Japon. L’accident nucléaire de Fukushima la bouleverse. Cinq années d’écriture, de rencontres et de documentation ont été nécessaires à son écriture.

Un grand merci à Eva Kopp pour sa gentillesse et sa disponibilité. Je vous invite à découvrir son très beau premier roman : L'enfant du tsunami aux Éditions Pierre Philippe.



mardi 4 décembre 2018

Même le scorpion pleure




Même le scorpion pleure de Guy Rechenmann aux Éditions Cairn


Depuis son installation sur le Bassin d’Arcachon, Augustin était devenu un ami proche, un père spirituel pour Anselme Viloc. Aujourd’hui, notre flic de papier enterre celui qu’il aimait tant.

Augustin, marin pêcheur retraité, force de la nature à la santé insolente, est mort subitement. Rupture d’anévrisme. Il n’aura pas profité longtemps de sa retraite. Sa maison, le chalet Rousseau, Augustin l’avait vendu en viager à un jeune homme qu’il appréciait. Il était ravi que celui-ci prenne sa suite, même s’il n’était pas pressé de quitter ce monde. Le viager aura été de courte durée.

À l’enterrement de son ami, Anselme est choqué par l’attitude du nouveau propriétaire qui dissimule mal sa satisfaction et son sourire. Les sens du policier se mettent en alerte. Il soupçonne quelque chose de louche. Il fait part de ses doutes à son commissaire qui lui rit au nez. La mort est tout ce qu’il y a de plus naturel. Comment tuer quelqu’un par rupture d’anévrisme. Anselme ne lâche pas le morceau, il fait confiance à son intuition.

Le décès de ce père de substitution ravive en Anselme, sa blessure originelle. Il ignore tout de sa naissance, de sa famille. Cette fois, il ne peut plus repousser cette enquête très personnelle. Il a attendu trop longtemps. Il est temps pour lui de découvrir ses racines. Cette recherche est nécessaire à son équilibre. Mais pour cela, il a besoin de vacances.

« La recherche de l’équilibre, ce maître mot qui, ajoutée à la volatilité de la vie, m’ordonne d’aller fouiller à nouveau  au risque de rencontrer des monstres ou peut-être des fantômes. La quête de mon passé n’est possible qu’en période de repos. La perte d’Augustin, un père spirituel, me renvoie vers mon père naturel. Il est l’heure. Il me faut du calme, mais aussi du courage. On habille toujours son ignorance par son imaginaire, on l’embellit. J’ai attendu longtemps. Toute ma vie n’a été faite que de hauts et de bas, oh, des petits hauts et des bas bien profonds. Maintenant ça y est, le regard des autres ne m’effraie plus, je suis prêt à sauter dans le vide. J’ai un parachute accroché dans le dos, je le sais et le temps n’est plus un problème. Il faut que je sache. Winston Churchill disait : « Un peuple qui oublie son passé n’a pas d’avenir », idem pour l’homme. »

Les démarches administratives d’Anselme pour découvrir ses origines, ne donnent rien. Les documents relatifs à sa naissance semblent s’être évaporés. Il doit trouver un autre moyen. Ses doutes concernant le décès d’Augustin le titillent. Il s’en ouvre à David, son ami, le patron du restaurant L’Escale où il a ses habitudes. Celui-ci lui révèle un cas similaire de viager express, cette information confirme à Anselme son intuition. Il faut enquêter. Il met Jérémy, son adjoint, sur le coup.

David recommande à Anselme de s’adresser à un astrologue pour le guider dans sa recherche sur ses origines. Le thème astral qui lui fait l’homme de l’art est bluffant mais ne répond pas à toutes les questions, c’est une bonne base de travail. L’astrologue adresse Anselme à un thérapeute qui pourra l’aider par un travail de régression à résoudre le mystère de ses origines. Anselme est persuadé que la résolution de son enquête personnel conditionne celle des viagers. Il en a l’intuition.

 De ces deux enquêtes menées en parallèle, je ne vous en dirai pas plus. À vous de mettre vos pas dans ceux d’Anselme.

J’ai retrouvé avec plaisir Anselme Viloc, le flic de papier ainsi que sa tribu : sa femme, sa fille, Jérémy son adjoint, David son ami, et Lilly, cette petite fille au Q.I. de 180 rencontrée dans le premier volet des aventures d’Anselme, qui sait si bien secouer le policier.

Ici, pas de coups de feu à tous les coins de rues, pas de courses poursuites interminables, pas d’hémoglobine. Anselme Viloc est un observateur, un contemplatif. Oh, bien sûr il passe du temps sur le terrain, mais ses enquêtes il les résout en mettant les pièces du puzzle en ordre, bien à l’aise dans son transat face au Bassin d’Arcachon. Heureusement qu’il a Lilly pour le pousser dans ses retranchements, pour le forcer à agir. De contemplatif il devient contemplactif.

J’aime les romans policiers de Guy Rechenmann, tout en finesse, tout en introspection, en monologues intérieurs. Des romans pleins de poésie et de psychologie. Même le scorpion pleure est le quatrième volet des enquêtes d’Anselme Viloc. Il peut se lire indépendamment des autres mais je vous recommande fortement toute la série.

Monsieur Rechenmann, je ne vous remercie pas, la lecture de votre roman m’a fait veiller jusqu’à quatre heures du matin !