samedi 23 février 2019

État d'ivresse



État d’ivresse de Denis Michelis aux Éditions Noir sur Blanc, collection Notabilia



Après le naufrage vient la dérive, cette période durant laquelle sur son radeau de fortune la narratrice lutte pour garder la tête hors de l’eau. C’est une semaine dans la vie de cette femme que nous propose Denis Michelis.

La narratrice a franchi depuis longtemps le point de non-retour. L’alcool régit sa vie, la rythme. Son mari est absent la semaine pour son travail, son fils, adolescent prend ses distances, son activité professionnelle, elle l’exerce à la maison, elle est journaliste chroniqueuse dans un magazine. Pour oublier son isolement, elle se réfugie dans les vapeurs faussement réconfortantes de l’alcool.

Nous sommes plongés dans les pensées de cette femme. Les périodes de délire alternent avec les moments de lucidité de moins en moins fréquents.

« Passé un instant d’effarement, je sens une angoisse indicible, armée de ses deux petits poings, me marteler la poitrine. Si un intrus est entré chez moi, je suis perdue. Ne pas céder à la panique. Trouver mon portable dans un premier temps. Identifier ensuite l’emplacement de la porte, celle qui relie le salon-salle à manger au vestibule. Disparus tous les deux. Plus d’iPhone, plus de porte ! Quant aux fenêtres elles ont été murées. Fondu au noir. »

C’est à un huis-clos étouffant que nous sommes conviés. L’enfermement, l’isolement d’une femme dans son addiction. Elle est seule face à elle-même, seule face à sa déchéance. Les rares incursions de ses proches lui rappellent tout ce qu’elle a perdu et déchaînent ses crises de paranoïa. Elle les voit comme des ennemis.

« Mon fils refuse de m’obéir, d’une voix dépourvue de tonalité il raconte m’avoir trouvée hier soir endormie dans mon bureau, tu t’étais vomi dessus, il y en avait partout, jusque sur les touches de ton clavier d’ordinateur. Ouvre cette porte. Je donne un violent coup de pied, le mur de droite tremblote un peu. Des mensonges, Tristan, encore et toujours. Que tu inventes dans le but de me pousser à bout. Tu veux retrouver mon corps pendu au bout d’une corde, un jour en rentrant du lycée, c’est ça, eh bien, continue, tu es sur la bonne voie. »

État d’ivresse est une plongée en apnée dans le monde de l’addiction. Denis Michelis, d’une plume au scalpel, nous montre avec un réalisme saisissant toute la violence de la déchéance. Un roman court mais d’une grande intensité et d’une grande finesse psychologique. Si vous cherchez de l’espoir ici, vous n’en trouverez pas. Un roman coup de poing qui vous laisse groggy, hébété, avec la gueule de bois.

« On dit que l’espoir fait vivre, alors que c’est tout le contraire. L’espoir nous épuise, il nous ronge de l’intérieur, à cause de lui sans cesse nous scrutons l’obscurité à la recherche de la lumière, nous tendons les mains, nous crions à l’aide. Arrête ! S’il te plaît… »

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