mercredi 10 janvier 2018

Faux départ



Faux départ de Marion Messina aux éditions Le Dilettante


Aurélie est fille d’ouvriers à Grenoble. Le bac en poche, elle veut poursuivre ses études. Surtout ne pas mener la même vie que ses parents qui ont toujours tiré le diable par la queue. Elle a d’autres aspirations. Elle s’inscrit en fac de droit plus pour les débouchés qu’offre cette filière que par goût.

« Si elle était née dans une autre CSP elle aurait poursuivi des études littéraires, mais elle avait choisi le droit pour rassurer ses vieux. Il y avait des débouchés lui disaient-ils, tout fiers de montrer leur connaissance du marché du travail. Elle avait déjà un crédit sur le dos pour financer son permis de conduire. Elle s’ennuyait terriblement. Au code, en cours, dans les soirées étudiantes où elle se forçait à aller pour se socialiser, avec ses voisins d’amphi, en séances de travaux dirigés, au milieu de ses parents, dans les transports en commun, dans les centres commerciaux. Elle avait dix-huit ans. »

Pour financer ses études, Aurélie trouve un petit boulot dans une entreprise de nettoyage en charge de la résidence universitaire. C’est là qu’elle rencontre Alejandro, un étudiant colombien venu terminer des études littéraires en France. La jeune fille tombe amoureuse du jeune sud-américain. Ils entretiennent une relation déséquilibrée. Pour lui, Aurélie est un passe-temps agréable mais il fuit tout type d’engagement.

« Cela faisait déjà quelques semaines qu’elle passait chez lui, uniquement pour faire l’amour. Ils ne parlaient que très peu, par pudeur et joie de ne pas avoir à faire semblant de mener des discussions de courtoisie. Les relations entre individus étaient toujours intéressées. Pour combler un vide, passer le temps ou faire l’amour. Nul besoin de parler si les personnes partagent le même objectif. »

Faux départ nous décrit la vie de ces deux étudiants précaires, insistant sur toutes leurs galères de manière radiographique. Les petits boulots, la séparation, la vie difficile à Paris, les soucis de logement, la précarité du monde du travail en début de carrière, rien ne nous est épargné.


Malgré un style vif très prometteur, ce roman ne m’a pas convaincu. Trop de pessimisme, nuit au propos, le rendant presque caricatural. Ce qui m’a manqué dans ce livre, ce sont les émotions. Les personnages semblent subir les situations passivement, sans réaction, j’ai eu beaucoup de mal à ressentir de l’empathie pour eux, à m’identifier à eux. Je suis resté au bord du chemin.

dimanche 31 décembre 2017

Et soudain, la liberté


Et soudain, la liberté d’Evelyne Pisier et Caroline Laurent aux éditions Les Escales



En recevant le manuscrit d’Evelyne Pisier, Caroline Laurent ne se doutait probablement pas de l’aventure qui l’attendait. La lecture de l’histoire d’Evelyne et de sa mère est un véritable bouleversement pour l’éditrice. Très vite les deux femmes se rencontrent et naît entre elles une amitié malgré leur différence d’âge. L’éditrice conseille à son auteur de transformer sa biographie en roman.

« Évelyne voulait raconter l’histoire de sa mère, et à travers elle, la sienne. Une histoire fascinante qui couvrait soixante ans de vie politique, de combats, d’amour et de drames – le portrait d’une certaine France aussi, celle des colonies et des révolutions, de la libération des femmes. Son texte oscillait encore entre le témoignage et le récit autobiographique. Nous étions toutes deux d’accord : il fallait en faire un roman. Non pas chercher l’exactitude biographique mais la vérité romanesque d’un destin. S’autoriser à changer les noms, laisser respirer l’imaginaire, explorer les sentiments profonds. Faire œuvre universelle. Évelyne battait des mains. Ensemble nous y arriverions. »

Évelyne/Lucie naît en Indochine, son père André y est administrateur colonial. Elle va grandir entre cet homme charismatique et autoritaire, ce « héros » maurrassien et pétainiste et sa mère, Mona, belle, femme solaire, dévouée à son mari. Ensuite il y a la rencontre avec une bibliothécaire et un livre : Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, il fera prendre conscience à Mona que sa vie n’est faite que de renoncements et de soumission.

De l’Indochine à La Nouvelle Calédonie, de Paris à La Havane, nous assistons à la libération de Mona et d’Évelyne/Lucie. Toutes deux vont plonger à corps perdu dans le combat pour la libération de la femme (contraception, avortement). Elles sont de toutes les luttes pour la liberté, d’abord celle de la femme, ensuite celle des peuples colonisés.

Et soudain, la liberté est un roman dans lequel nous sommes les témoins d’une période riche en bouleversements sociaux et politiques. Ces changements nous les suivons à travers les yeux et les actes de Mona et de sa fille. Ce texte plein de souffle m’a passionné de bout en bout. Mais ce qui rend ce livre encore plus original, plus fort, plus touchant, ce sont les circonstances de sa naissance : le décès de son auteur en cours d’écriture, la profonde amitié née autour de ce texte entre l’écrivaine et son éditrice, le passage de relai entre Évelyne Pisier et Caroline Laurent. Malgré ses doutes légitimes à parvenir à donner à son amie le livre qu’elle souhaitait, Caroline Laurent a réussi un véritable tour de force.

Ce livre restera pour moi l’une des plus belles lectures de cette année 2017. Je vous le recommande vivement.

« « L’ineptie consiste à vouloir conclure. Nous sommes un fil et nous voulons savoir la trame » disait ce bon vieux Flaubert. Conclure, ce sera suspendre notre dialogue. L’arrêter peut-être. Je ne veux pas. Bien sûr, il y aura d’autres manières de bavarder ensemble, mais celle-là, conversation de texte à texte, de manuscrit à manuscrit, comme de peau à peau, me convenait bien. Je vais avoir un peu froid sans toi. Et l’été qui avance.
   Je ne saurai pas finir. C’est la vie qui finit pour nous. Simplement, les derniers mots que tu m’avais écrits, « Merci Caroline, amie chérie », je te les retourne avec gratitude, chagrin, joie, stupéfaction, je te les retourne avec un amour qui me dépasse mais que j’accepte et reçois pleinement.

  Merci Évelyne, amie chérie. »

mercredi 20 décembre 2017

Charles à l'école des dragons


Charles à l’école des dragons d’Alex Cousseau (auteur) et Philippe-Henri Turin (illustrateur) aux éditions Seuil Jeunesse


 


Charles est un bébé dragon. Pour ses parents, c’est le plus beau dragonnet du monde. Pourtant, Charles est différent, il n’est pas comme tous ses petits camarades.


A l’âge de trois ans, l’heure de la rentrée scolaire a sonné. Charles prend le chemin de l’école des dragons. Il va apprendre à cracher du feu et à voler. Alors que tous les autres élèves s’appliquent à brûler leurs cahiers, Charles, lui, les noircit de mots. Charles est un dragon poète.




Pour ce qui est de voler, Charles a un handicap. Il a de bien plus grandes ailes que tous ses camarades. Il lui faudrait des muscles bien plus gros pour les déployer et pouvoir s’en servir. Mais, tout ce qui intéresse Charles, c’est la poésie.

« On me dit de cracher,
 alors très bien, crachons
 mais pour cracher du feu
 je suis trop maigrichon
 Mon souffle est bien trop faible
 pour les incendies
 Je ne crache que des mots,
 que de la poésie… »

Charles à l’école des dragons nous parle de différence, cette différence qui devient si flagrante et si douloureuse à l’école, quand on se retrouve avec des camarades qui ne sont pas comme nous. Les mots pleins de tendresse et de poésie, d’Alex Cousseau sont superbement mis en valeurs par les illustrations de Philippe-Henri Turin.




Dans la nouvelle édition de cet album, vous trouverez en plus de l’histoire, un cahier d’activités très intelligemment conçu. Il permettra à vos enfants de libérer leur créativité. Ils pourront colorier des planches de l’album, créer leurs propres décors, leurs propres personnages, et surtout ils apprendront par des exercices, à dessiner Charles le dragon. Une très belle idée de cadeau pour vos enfants, à partir de 5-6 ans.