lundi 19 novembre 2018

L'âme soeur




L’âme sœur d’Agnès Karinthi chez L’Astre Bleu Éditions



Anne est tranquillement chez elle quand on sonne à sa porte. Un homme se présente à elle, Enfin il l’a retrouvée. La jeune femme ne sait absolument pas qui il est. Philippe lui dit qu’ils étaient ensemble à l’école avant que la vie ne les sépare. Qu’en CE2 ils étaient inséparables, qu’il lui avait demandé sa main et qu’elle avait promis de l’épouser.

En 1995, leur relation s’était arrêtée net suite au déménagement de la famille de Philippe. La vie d’Anne quant à elle, a été bouleversée par un accident de voiture dans lequel elle a perdu son père, sa sœur et la mémoire. Depuis, elle s’est construite sur ce qu’on a bien voulu lui dire sur sa vie d’avant. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne sait pas grand-chose. Pour sa mère, toute la période précédant le drame est mystérieusement tabou.

Philippe est le seul qui peut la faire renouer avec son passé évanoui.

« Tu n’imagines pas ce que je ressens, Maman. Ma vie a commencé quand j’avais neuf ans, au milieu des blouses blanches de l’hôpital. Avant, c’est le trou noir. J’ai perdu ma sœur. Nous devions être très proches, mais je ne le sais pas. J’ai perdu mon père. Il devait être le plus merveilleux des papas, mais je ne me rappelle pas. J’ai perdu mes camarades de classe. Ce devait être une super classe, puisque vingt ans après, il y a un certain Philippe qui débarque chez moi dans le but de refaire connaissance. Mais comment savoir ? Quand le ciel nous est tombé sur la tête à toi et à moi, tu m’as coupée de mon passé. Je me suis construite sur du néant. Aucun repère…À part toi , bien sûr. »

Touchée par la gentillesse de Philippe et par son amour intact, Anne le laisse entrer dans sa vie. Il lui permet de reprendre contact avec la petite fille qu’elle était.  Si vous vous attendez à un roman d’amour à l’eau de rose, je vous arrête tout de suite .


Très vite, l’amour du jeune homme devient envahissant, oppressant, exclusif. Il la coupe petit à petit du monde qu’elle s’était construit. La jeune femme essaie de mettre les choses au point .

« J’ai besoin de temps. J’ai besoin de m’acclimater à toi, de prendre conscience des sentiments que je crois avoir pour toi. On dit que l’amour engendre la souffrance. Je veux vivre le manque suscité par l’absence, le creux au fond de l’estomac à la pensée de l’être aimé. Je me dois de connaître tout ça. Comment pourrais-je vivre cette expérience si tu es tout le temps à mes côtés, dans mon appartement. »

Dans ce roman, le lecteur est en permanence sous tension. Le comportement des parents respectifs des deux enfants en 1994 et leur réaction de nos jours en apprenant que Philippe a repris contact avec Anne laissent supposer de lourds secrets.

Avec L’âme sœur, Agnès Karinthi signe un véritable thriller psychologique. La construction de l’intrigue basée sur l’alternance entre passé et présent fait monter le suspense au fil du roman. Je l’ai lu d’une traite et je ne peux que vous le recommander. J’avais déjà beaucoup aimé le premier roman de l’auteure, Quatorze appartements, mais celui-ci est encore plus abouti.

samedi 17 novembre 2018

Les Éditions La Trace : l'interview




Les Éditions La Trace : l’interview


Les lectures du hibou donnent régulièrement la parole aux auteurs dans la rubrique Souvenirs de lecture, il m’a semblé intéressant et important de donner la parole à un éditeur. Le livre, avant d’arriver entre les mains des lecteurs, passe par de nombreuses étapes et l’éditeur, après l’écrivain est présent dès le début de son parcours. Aujourd’hui, Florence Franc et Jean-Philippe Lafont des Éditions La Trace ont accepté de répondre à mes questions. Les Éditions La Trace, une « petite » maison indépendante qui trace son sillon dans une terre très fertile.






Pouvez-vous en quelques mots présenter Les Éditions La Trace aux lecteurs ?


Les Éditions La Trace, ce sont 16 mois de rencontres et de projets !

Nous avons créé les Éditions La Trace avec pour premier objectif :
Éditer les auteurs qui comme nous, sont en attente d’autre chose.
Et favoriser une relation particulièrement étroite entre un auteur et l’éditeur.

C’est donc notre exigence : prendre le temps, sans contrainte de rentabilité à court terme afin d’étudier, partager nos projets avec des auteurs.

Seul l’enthousiasme à la lecture d’un récit doit nous animer.

Ce sera notre chemin.

Comme les anglais l’expriment simplement : « Think out of the box » pensez en dehors de la boîte.

Penser en dehors de la boîte : au niveau de nos choix et de nos relations privilégiées avec nos auteurs mais aussi avec le « business » de l’édition.

Comme le dit l’un de nos auteurs, Alain CADEO, à l’occasion d’une conversation à bâton rompu :

« En réponse à ceux qui pourraient s’interroger sur les réseaux de distribution de nos livres, ce sont des Mots qui veulent s’éloigner des sentiers battus, des routes toutes faites.
  Ce sont des Mots faits pour des chemins secrets seulement éclairés par des rayons de lune rousse. »
« Notre fragilité est notre force »


Pouvez-vous définir la ligne éditoriale de votre maison d’édition ?

Éditer ceux que nous aimons vraiment et rien d’autre !

Privilégier la liberté de nos auteurs : nous recherchons avant tout des auteurs qui sont des vagabonds, des ermites, des dissidents, des contrebandiers des mots…

Tous ceux qui font l’école buissonnière et qui aiment les chemins de traverse.

L’être et les lettres doivent être en conformité…

Aussi, nous voulons porter nos livres comme des colporteurs, là où personne ne les attend…

Et les défendre dans le temps :
Nos livres ont le temps d’une vie (mais surtout pas le temps que souhaite nous imposer les circuits convenus de distribution basés sur l’urgence et l’instantanéité).

Nous avons créé deux collections :

Une collection dite classique : de par son format et sa ligne éditoriale : ROMAN, NOUVELLES, TÉMOIGNAGES.

Une collection « Texte » avec un livre petit format, pour des livres, des mots un peu secrets, des écrits qui peuvent être lus et relus, avec une lecture alternée, des moments de respiration. C’est-à-dire un livre que l’on peut découvrir par séquence suivant son humeur, et le temps sacré dont on dispose.


Pouvez-vous nous expliquer votre travail aux Éditions La Trace ?

Notre maison d’édition, c’est une équipe restreinte, autorisant ainsi le temps de la réflexion, du respect des échanges sans contrainte.

Florence Franc, qui a fait toute sa carrière dans des agences de communication supervise tous les aspects techniques et graphiques.

La création visuelle étant intimement liée au texte, elle participe également à la décision du Comité de Lecture.

Je suis quant à moi la première personne que rencontrent les auteurs et lis les manuscrits en «avant-première ».

Nous sommes par ailleurs entourés de collaborateurs, lecteurs, relecteurs, correcteurs.


Considérez-vous l’arrivée du livre numérique comme un danger pour votre métier ? Pensez-vous un jour éditer des livres numériques ?

Non, ce n’est pas un danger.
Nous sommes tout à fait prêts à éditer des livres numériques… mais nous considérons la demande encore trop faible.

Nous rappelons d’autre part que nous sommes très attachés au livre papier et accordons beaucoup d’importance à nos couvertures, à la qualité de l’impression.

Le livre pour nous, doit demeurer un bel objet riche de son contenu.


Pourquoi ce nom, La Trace ?

Nous vivons à 1600 mètres d’altitude et sommes passionnés de hors-piste et donc attentifs à la trace éphémère du randonneur, avec cet autre langage des signes sur la neige, empreintes d’oiseaux, d’animaux…

Aussi éphémère soit-elle, cette trace n’est-elle pas ce que tout écrivain souhaite laisser.

Le nom : La Trace était donc pour nous comme une évidence.

Tenter de cristalliser les mots de nos auteurs sous forme de livres est une tentative pour nous de préserver ce qui est si fragile : la pensée.


Un grand merci à Florence Franc et Jean-Philippe Lafont pour leur temps si précieux. Les lectures du hibou souhaitent à cette belle maison tout le succès qu’elle mérite.

Quelques livres des Éditions La Trace ont été chroniqués sur ce blog vous trouverez les liens vers ces chroniques ci-dessous.

Dans le silence des mots chuchotés (Il est cri...) de Mona Azzam

Chronique à suivre :
Des mots de contrebande, (Aux inconnus qui comme moi...) d'Alain Cadéo

Lien vers le site des Éditions La Trace : https://www.editionslatrace.com/