jeudi 3 septembre 2015

Ressources inhumaines



Ressources inhumaines de Frédéric Viguier aux éditions Albin Michel (Rentrée littéraire 2015)



      L'hypermarché, ce lieu où nous passons chaque semaine pour remplir nos placards et nos réfrigérateurs, est le décor de ce roman. Mais ici ce sont le coulisses qui nous sont décrites. Nous sommes plongés dans ce lieu où travaillent des centaines de personnes.

      Elle (son nom n'est jamais mentionné) a 22 ans au début du roman. Sa vie est vide, elle ne ressent rien. Après un BTS, elle se décide à postuler pour un stage dans un hypermarché proche de chez elle car il faut bien qu'elle fasse quelque chose de sa vie. Il faut bien combler ce vide.

      "J'ai fait un rêve étrange.
       J'ai rêvé que j'étais une poche.
       Une poche plate et sans relief, parce que vide...
       C'est étrange de se rêver en poche.
       C'est un rêve qui me plaît.
       J'ai pensé, une poche est utile si on la remplit...
       Une poche ne sert qu'à ça  : être remplie !
       Mais alors par quoi ? Et par qui ?"

     Elle se présente donc, poche vide, dans cet hypermarché. Très vite son manque total d'ambition va lui permettre de s'adapter à ce monde déshumanisé qu'est la grande distribution. L'employé a un poste, il doit remplir des objectifs, respecter des consignes, mais surtout ne pas se faire remarquer sinon il finit en exemple. Finir en exemple, c'est se faire licencier pour que les autres employés restent à leur place.

     Elle se sent bien dans cet univers qui l'occupe qui la remplit sans qu'elle ait à faire trop d'efforts. Son désir de ne pas faire de vagues va l'amener à franchir les échelons rapidement par la promotion canapé. Et là encore elle va occuper son poste de chef du service textile en faisant tout ce que l'on attend d'elle mais pas plus avec l'aide de son amant, son ancien chef de service muté dans un autre établissement. Tout se passe pour le mieux pour elle ce poste lui convient bien, elle ne veut surtout pas évoluer car elle a besoin de ce regard de ces supérieurs sur son travail, de leur assentiment.

      Tout va se gâter dans le seconde partie du roman avec l'arrivé de "Lui", "L'autre", un jeune stagiaire, comme elle autrefois. Son approche du métier, de la vie va la mettre face à celle qu'elle pourrait être par opposition avec celle qu'elle paraît être. Il va lui montrer qu'il y a une autre façon de travailler, de vivre : rester soi-même. Ce soi-même qu'elle ne connaît pas et qui lui fait si peur.

       Dans ce roman froid, glaçant, dérangeant c'est le monde du travail dans la grande distribution qui nous est décrit mais l'histoire aurait pu se dérouler dans n 'importe quelle grande entreprise. Ressources inhumaines est la description d'un monde qui broie les individus, qui interdit toute initiative, tout développement personnel. Un roman au réalisme sociologique qui fait froid dans le dos porté par une plume tout aussi froide, nette, précise, sans fioritures. Une belle réussite.


       "Je n'agis pas pour obtenir des récompenses et un grade supérieur. Je travaille pour moi, pour me réaliser. Le vrai pouvoir, c'est celui qui laisse les fulgurances et les intuitions de ses collaborateurs s'exprimer. Le pouvoir absolu, c'est de savoir que l'on ne détient pas la vérité. Le pouvoir ultime, c'est de mettre en place les conditions de la liberté pour tenter d'approcher de cette vérité. Les collaborateurs qui organisent leur travail en fonction de ce que "pourrait" penser le pouvoir et en fonction de l'image qu'ils projettent, conduisent la société vers la stagnation, voire la chute? "
 


      

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